Serait-ce pour ne pas inquiéter
le consommateur que le décret sur le miel évoque le miellat sans citer explicitement
le puceron ? Consommer des déjections de pucerons... Pour le commun des consommateurs,
cela n'est guère engageant. Et pourtant, sans pucerons, ni miel de sapin ni
miel de chêne.
Le miellat provient des excrétats de pucerons et autres insectes, appartenant
aux groupes des cochenilles, psylles ou cigales. Ces animaux, pour se nourrir,
puisent à l'aide de leur appareil buccal adapté pour perforer, la sève des tubes
criblés élaborée par les végétaux, riche en matières nutritives, surtout en
sucres. Le puceron est un animal qui croît et se multiplie à un rythme accéléré
: il a donc besoin de protéines. Or, la sève en est peu pourvue; c 'est pour
parer à ce déficit en acides aminés que les pucerons en absorbent de grandes
quantités. Ils en rejettent ensuite la plus grande partie - riche en sucres
- par l'anus, après en avoir extrait les protéines. Ils possèdent pour cela
une sorte de filtre. Ce miellat, visqueux ou cristallisé, est ensuite léché
par les butineuses sur les feuilles. Sa composition diffère de celle du nectar
de fleurs; il contient un sucre appelé mélézitose, découvert précisément dans
le miellat de mélèze.
Les principales espèces productrices sont le sapin, l'épicéa, le pin sylvestre,
le mélèze, le chêne. D'autres essences en fournissent, mais peu et de qualité
inférieure. Chacune héberge plusieurs espèces d'hémiptères, mais il y a des
" dominantes". Les miellats recherchés sont ceux du sapin pectiné
et, à un degré moindre, ceux d'autres conifères voisins des genres Abies et
Picea -, et celui de chêne. Le potentiel mellifère de nos forêts françaises
est assurément énorme et se chiffre par milliers de tonnes; peu d'études ont
été consacrées à ce sujet. Le miellat, d'origine à la fois végétale et animale,
subit de ce fait un double traitement : après avoir transité par l'appareil
digestif du puceron, il passe par celui de l'abeille. Autant dire que les modifications
biochimiques sont nombreuses et complexes. En période d'invasion de pucerons,
des apiculteurs « privilégiés » ont pu extraire du miel de miellat de blé. Le
malheur des uns fait le bonheur des autres...