le nectar des fleurs

Le nectar est un liquide sucré, parfois sirupeux, sécrété puis excrété par des glandes, dites nectarifères, présentes sur de nombreuses plantes. Les nectaires abritent ces glandes. Ils se trouvent dans les fleurs, à la base des organes floraux, sur les pétales, sépales, étamines, carpelles, ou à l'extérieur : sur les bractées, feuilles, pétioles, stipules, tiges. Il n'y a pas de différence prononcée entre ces nectaires floraux et extrafloraux. Le nectar n'a pas tout à fait la même composition que la sève, dont il est issu, car il se déroule au niveau des tissus nectarifères des réactions biochimiques complexes. Le liquide est en majeure partie composé d'eau et de saccharose, mais il renferme d'autres sucres tels le glucose et le fructose (ou lévulose) et, à doses minimes, des principes qui contribuent à donner à un miel son parfum et sa saveur propres, sa « personnalité ». Chaque espèce végétale fournira un nectar aux caractéristiques spécifiques.
L'abeille sociale, Apis mellifera L. et ses diverses races, établissent des colonies permanentes et emmagasinent le miel. Les quantités collectées sont telles qu'elles peuvent prendre une dimension économique notoire et justifier l'élevage de cet insecte. L'ouvrière récolte le nectar, le transporte et le transforme. Le nom d'Apis mellifera avait été attribué à l'abeille par Linné en 1758; il signifie : transporteuse de miel. Se rendant compte de cette erreur, Linné la rebaptisa un peu plus tard, en 1761, Apis mellifeca, « qui fabrique le miel ». A vrai dire, le changement de la solution sucrée en miel commence déjà lors du voyage au cours duquel elle est accumulée dans le jabot de l'abeille. C'est dans son tube digestif que s' amorce la longue transformation : des ferments ou enzymes agissent sur le nectar. Le saccharose, sous l'action de l'invertase se transforme en glucose, fructose, maltose et autres sucres. Les modifications physico-chimiques se pour suivent dès l'arrivée à la ruche. A son retour, la butineuse régurgite sa charge, la passe aux ouvrières, qui elles-mêmes la communiquent à d'autres et ainsi de suite. D'individu en individu, la teneur en eau s'abaisse en même temps que le liquide s'enrichit de sucs gastriques et de substances salivaires : invertase, diastase et gluco-oxydase. Là se tient le secret de fabrication. Simultanément, d'autres sucres sont synthétisés, qui n'existaient pas au départ. La goutte épaissie est déversée ensuite dans un alvéole. Le nectar, régurgité de nombreuses fois, est étalé sur les pièces buccales, afin que la surface d'échange avec l'air soit plus grande. Sa teneur en eau peut s'abaisser en moins d'une heure de près de 50 %, ce qui est considérable. Si nécessaire, des chaînes de ventilation s'organisent: l'air soufflé par les ailes des ventileuses accélère le processus. Quoi de plus agréable en période de miellée que d'aller en fin de journée se poster devant une ruche et respirer ces effluves chargés des parfums du miel! Lorsque cette teneur en eau tombera au-dessous de 20 %, le nectar sera devenu du miel « mûr». L'alvéole est obturé par un opercule de cire qui permet de le garder dans de bonnes conditions. Evaporation de l'excès d'eau et concentration en sucres sont donc les deux objectifs principaux. Grâce à cela, la colonie dispose en réserve d'un aliment hautement énergétique, stable, de longue conservation et peu sensible aux fermentations.
Sait-on, lorsque l'on consomme du miel, le travail que cela a nécessité ? Voici quelques chiffres, donnés par Faul Dessart : Le jabot d'une ouvrière a une contenance maximale de 50 â 60 mm3; rempli de nectar, il pèse entre 40 et 70 milligrammes. Pour le remplir en butinant du trèfle, par exemple, l'abeille doit visiter de I 000 à I 500 fleurs avant que cela ne vaille la peine de rentrer a la ruche avec un chargement normal. Pour fabriquer un seul kilo de miel, on estime qu'il faut récolter le nectar de 20 millions de fleurs : il faut donc, pour ce kilo, quelque 20 000 sorties. En admettant que les fleurs, en moyenne, ne sont distantes que d'un kilometre seulement de la ruche, on voit que les allers et retours totalisés représentent 40 000 kilomètres... soit l'équivalent du tour de la terre! Bien entendu, une abeille mourra bien avant d'avoir parcouru ces distances. Et lorsqu'on pense qu'une bonne ruche peut « rentrer» plus de 3 kilos par jour, on devrait être pris de vertige en avalant une cuiller de miel au petit déjeuner!